Rencontres #3 – Lire

LIRE

Assise sur un banc, profitant des derniers rayons du soleil de cette chaude journée d’été, elle laissait les mots s’évader de son cerveau pour se coucher sur le papier.

Elle savourait le vent frais sur ses bras et jambes nues. Elle écoutait les différents bruits de la nature et se laissait parfois distraire par un groupe d’oiseaux volants au-dessus d’elle ou une abeille lui tournant autour quelques secondes.

Puis, elle le remarqua.

Assis sur le banc d’a côté, il était plongé dans sa lecture. Elle ne parvenait pas à distinguer le titre de ce roman mais s’attarda sur ses mains. Deux grandes mains assez fines, mais marquées par le temps, tenaient l’ouvrage avec une certaine délicatesse. Veillant à ne pas tourner les pages trop rapidement, les caressant pour les maintenir en place.

Il se tenait légèrement voûté comme si le livre l’attirait un peu plus à lui à chaque chapitre lus.

Le soleil couchant illuminait sa silhouette et la rendait plus magistrale. Son ombre semblait s’allonger à l’infini et venait se perdre dans les eaux du lac devant eux.

Sa stature impressionnante contrastait avec la simplicité de ses vêtements. Un polo clair aux manches courtes ne faisait qu’exacerber son bronzage tout en soulignant une légère musculature. Un pantalon en lin laissait deviner des jambes assez longues et fines. Le tout était finalisé par une paire de tongues. Quelques pansements ornaient ses pieds, soulignant le fait qu’il devait parfois les mettre à mal en faisant du sport.

Il lui arrivait de réagir aux mots prenant forme sous ses yeux. Un léger sourire illuminait parfois son visage, suivi quelques secondes après d’une légère grimace ou crispation laissant penser que les choix du romancier ne lui convenaient pas forcément. Son nez se fronçait, ce qui lui donnait un côté enfantin. Parfois, ses lèvres s’entrouvraient légèrement comme prêt à intervenir, mais aucun mot n’en sortait, seule sa langue venait légèrement humidifier ces dernières avant de les clore à nouveau.

Son visage était finement dessiné et lui offrait un profil noble. Seules quelques rides laissaient deviner les années les séparant.

Elle était tellement hypnotisée par ce lecteur qu’elle n’avait même plus conscience que son stylo continuait à noircir les pages de son cahier. En portant à nouveau son attention sur ce dernier, elle se surprit de la régularité de ces lignes et du contenu de ses phrases.

Amusée, elle se tourna à nouveau vers le banc voisin, qui était à présent vide. Aucune trace du lecteur. Il s’était évaporé. Relisant les mots fraîchement rédigés, elle se demandait s’il n’était pas tout simplement la projection de son imagination.

La luminosité du coucher du soleil était peu à peu remplacer par l’éclairage public. Elle se leva pour rentrer chez elle et se figea en passant devant le banc voisin. Un roman reposait sur ce-dernier, seule preuve qu’elle n’avait pas complètement halluciné ce qu’elle avait vu. Elle jeta un œil autour d’elle en quête de son propriétaire avant de le ramasser et de rentrer s’installer confortablement sous sa couette pour en savourer les mots…

Laisser un commentaire